Le Fonds de dotation du CHU de Nantes en mode start-up

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Le 25 avril prochain, sur le parcours vallonné du golf de Vigneux-de-Bretagne, se tiendra un tournoi pas comme les autres. Organisé au profit du fonds de dotation du CHU de Nantes, l’événement vise à récolter des fonds pour financer un projet de recherche en intelligence artificielle appliquée à la pathologie numérique. Derrière cette initiative se cache une stratégie bien rodée : mobiliser les donateurs potentiels en les intégrant à une cause de santé publique.

Par Alberto Rodriguez Pérez
Publié le 28 février 2025 dans l’Informateur Judiciaire

Pourquoi le golf ? « Parce que c’est un sport qui attire un public de cadres et dirigeants, des personnes qui peuvent devenir mécènes », explique Patrice Gueudelot, directeur du fonds de dotation du CHU de Nantes. Mais au-delà de l’aspect stratégique, l’événement se veut fédérateur. « Il n’existait pas de tournoi caritatif de cette envergure sur le territoire. Nous avons voulu créer une dynamique qui s’inscrit dans la durée. » La présence de personnalités, comme l’ancien capitaine du XV de France Abdelatif Benazzi, l’entraîneur des Canaris Antoine Kombouaré ou encore le journaliste et ancien animateur de télévision Roger Zabel, renforce l’attractivité de la journée et encourage la générosité des participants.

Les bénéfices de cette première édition seront consacrés au développement de la recherche en pathologie numérique. « Le cancer est la première cause de mortalité en France. Grâce à la numérisation des lames et à l’intelligence artificielle, nous pouvons affiner les diagnostics et améliorer la prise en charge des patients », détaille Patrice Gueudelot. Ce projet, porté par la Dre Delphine Loussouarn, illustre parfaitement la vocation du fonds : accélérer l’innovation au sein de l’hôpital public.

Dix ans d’actions au service des patients

Créé en 2014, le fonds de dotation du CHU de Nantes a progressivement pris une place essentielle dans le financement de projets hospitaliers. D’abord centré sur la recherche médicale, il a élargi son champ d’action pour inclure l’amélioration des conditions d’accueil et le bien-être des patients. « L’État finance les murs, le matériel et les soignants, mais tout ce qui relève de l’expérience patient repose sur d’autres ressources », explique Patrice Gueudelot.

Grâce aux dons de particuliers et d’entreprises, le fonds a déjà permis de parrainer cent trente projets, allant de l’acquisition d’équipements de pointe à des initiatives de soutien psychologique et artistique. Parmi les réalisations notables : l’achat d’exosquelettes pour améliorer le confort et le bien-être des soignants, afin de prévenir les troubles musculo-squelettiques, ou encore l’introduction de casques de réalité virtuelle pour réduire le recours à l’anesthésie lors d’interventions légères. En 2023, la collecte a atteint 3,5 millions d’euros, un chiffre en forte hausse par rapport aux 900 000 euros d’avant Covid.

Patrice Gueudelot, directeur du fonds de dotation du CHU de Nantes. ARP 

Le mécénat hospitalier, une tendance en pleine croissance

Car, la crise sanitaire a marqué une prise de conscience accrue du rôle des hôpitaux et a généré un élan de solidarité sans précédent en faveur du mécénat hospitalier. À ce titre, le fonds de dotation du CHU de Nantes n’est pas une exception. Aujourd’hui, la quasi-totalité des CHU français disposent d’une structure similaire. « Il y a une évolution du rôle des hôpitaux, qui doivent trouver des ressources complémentaires pour financer l’innovation et améliorer la qualité de vie des patients », analyse Patrice Gueudelot. Si la démarche suscite parfois des débats, notamment sur le rôle de l’État dans le financement des soins, elle répond à un besoin croissant d’agilité. « Nous ne venons pas remplacer les dotations publiques, mais nous permettons de tester et d’accélérer des innovations qui, sans cela, mettraient des années à voir le jour. »

Un rôle clé dans le futur CHU de Nantes

Loin de se limiter aux actions actuelles, le fonds de dotation veut jouer un rôle clé dans la transformation du CHU. Avec le futur hôpital, prévu sur l’Île de Nantes, l’établissement ambitionne de devenir un centre de référence en matière de recherche et d’innovation médicales. « Ce ne sera pas seulement un hôpital, mais un véritable quartier de la santé, intégrant un pôle de recherche et un incubateur de start-ups », se réjouit Patrice Gueudelot.

Dans cette perspective, la capacité du fonds à mobiliser des mécènes sera déterminante. « Nous voulons passer de 3 à 30 millions d’euros de collecte annuelle pour accompagner la transformation de l’hôpital et financer des projets de rupture », affirme le directeur. Pour cela, il compte s’appuyer sur des événements récurrents, mais aussi sur la diversification des sources de financement, notamment en ciblant davantage les particuliers.

Le tournoi de golf caritatif n’est donc qu’une étape d’un développement plus vaste. À travers ces initiatives, le fonds de dotation du CHU de Nantes participe au dynamisme de l’hôpital public, capable d’innover et d’impliquer son territoire dans son évolution. « Nous fonctionnons comme une start-up au sein du CHU, en testant des idées, en levant des fonds et en accélérant des projets. Nous avons la chance d’avoir des équipes engagées et une région mobilisée. Ensemble, nous pouvons transformer la manière dont nous prenons soin de nos patients », conclut Patrice Gueudelot.

Avec ces initiatives, le fonds de dotation du CHU de Nantes ne se contente pas de compléter l’investissement public : il façonne une nouvelle relation entre l’hôpital et les entreprises. Mais jusqu’où peut aller cette implication du secteur privé ? À terme, le mécénat hospitalier pourrait-il devenir un levier structurant du financement des établissements de santé ?


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